Chaire Claire-BonenfantFemmes, Savoirs et Sociétés

Chaire Claire-Bonenfant - Femmes, Savoirs et Sociétés

4 février - Midi-recherche avec Émilie Biland, "Gouverner la vie privée : L'encadrement inégalitaire des séparations conjugales en France et au Québec"

27 Septembre 2018

Le 4 février de 12h à 13h30, aura lieu au local 1475-DKN, un midi recherche de la Chaire Claire-Bonenfant - Femmes, Savoirs et Sociétés avec avec notre conférencière Émilie Biland, professeure associée à l’Université Laval au département de science politique et enseignante-chercheuse en science politique à l’Université de Rennes 2, sur le thème "Gouverner la vie privée: L'encadrement inégalitaire des séparations conjugales en France et au Québec"

Résumé : 

Ancré dans la sociologie de l'action publique, cette présentation interroge les transformations du gouvernement de la vie privée à l'aune de leurs effets sur les rapports sociaux de classe, de genre et de "race". À partir d'une comparaison franco-québécoise des politiques judiciaires et sociales visant les couples séparés et leurs enfants, il montre que le gouvernement contemporain de la vie privée est traversé par une tension constitutive : l’État se pose en garant des libertés individuelles, tout en individualisant les relations de pouvoir afin de modifier les comportements perçus comme porteurs de risques pour la collectivité. Ce gouvernement contemporain de la vie privée témoigne de l’euphémisation et du ciblage du pouvoir de l’État sur les populations. L’euphémisation est sensible dans le caractère diffus, voire négociable de la contrainte et dans le recul de la décision comme mode de domination : c’est désormais par la conformation des attentes et par la production du consentement que celle-ci opère le plus souvent. Mais cette euphémisation est ciblée, au sens où elle ne prend pas la même forme, n’a pas la même intensité, et ne produit pas les mêmes effets selon l’appartenance de classe et de genre des personnes séparées, voire selon leur origine revendiquée ou assignée. De surcroît, cette analyse conduit à caractériser des régimes nationaux, partiellement distincts, de reproduction institutionnelle des rapports sociaux : au Québec, les inégalités de genre sont davantage prises en compte qu’en France, mais la différenciation fondée sur la classe est plus poussée.